jeudi 14 décembre 2017

Abidjan - Ecole FJE, session 13 / Abidjan - FYC Course, session 13

Nous avons eu hier soir la 13ème session de notre école FJE, sur le thème: Faire découvrir la Bible aux enfants. Beaucoup de joie pour cette dernière session de l'année, et la joie d'avoir un bon temps de louange conduit par Sylvain Freymond et de servir avec notre filleul pour terminer l'année en beauté!

We had yesterday night our 13th session of our FYC course, on the theme: Exploring the Bible with kids. Much joy for this last session of the year, and the joy to have a good time of worship led by Sylvain Freymond and serve with our godchild to end the year in celebration!

Guy fête ses 50 ans / Guy celebrates his 50th birthday

Guy a été fêté pour ses 50 ans (c'était lundi) lors de la rencontre de la FJE hier soir. D'autres moments de célébration sont prévus dans les jours qui viennent en famille.

Guy was celebrated for his 50th birthday (it was on Monday) during the FYC session yesterday night. Other times of celebration are planned in the coming days with the family.
 

mercredi 13 décembre 2017

Thèse de Guy 10


Calvin

Dans son académie de Genève, Calvin considérait la nécessité d’avoir des formateurs tant pour l’Ancien que pour le Nouveau Testament, faisant d’abord penser que cet ordre ne concernait que la formation des pasteurs. Mais il écrit ensuite:

Mais comme il n’est possible de profiter de tels cours que si l’on a d’abord été instruit dans les langues et les humanités, et parce qu’il est aussi nécessaire d’éduquer la descendance pour les temps à venir, afin de ne pas laisser l’Église désertée pour nos enfants, un collège devrait être fondé pour instruire les enfants, pour les préparer pour le ministère aussi bien que pour le gouvernement civil.[1]

A Genève, Calvin a encouragé un système d’éducation qui fonctionnait comme une coopérative entre le gouvernement civil, l’Église et la famille. Le gouvernement civil a rendu l’école obligatoire et mis à disposition des bâtiments et des ressources à ses frais. L’Église a fortement influencé le programme, et les parents soutenaient les écoles et leurs enfants.

Les réformes éducatives de Calvin à Genève comprenaient l’établissement de l’un des premiers systèmes d’éducation publique gratuits et obligatoires. Par la suite, il a ouvert un collège pour l’éducation supérieure dans lequel les jeunes hommes se préparaient au service dans le ministère et le gouvernement civil.[2]

La philosophie d’éducation de Calvin était très anti-autoritariste et exhortait les enseignants à ne pas s’asseoir au-dessus de leurs étudiants et à simplement discourir, mais à marcher au milieu d’eux et avec eux, comme des compagnons. Calvin insistait sur le fait que les enseignants évitent la dureté parce qu’elle intimidait les étudiants et les empêchait d’accomplir leur potentiel éducatif dans un environnement d’arts libéraux. L’objectif de l’enseignant devait être d’encourager, pas de décourager.[3]

Calvin a été appelé le «père de l’éducation populaire et l’inventeur des écoles libres.»[4]

Ronald Hanko explique que

Ces hommes s’accordaient en grande mesure sur les principes de base de l’éducation chrétienne. Non seulement ces principes les guidaient et les motivaient dans leur travail, mais ils restent encore les principes fondamentaux de l’éducation chrétienne jusqu’à nos jours. Ceci pour dire que, bien sûr, ces principes étaient bibliques.[5]

Je mentionne particulièrement trois de ces principes:

1.      Tous les réformateurs insistaient sur le fait que l’éducation des enfants doit être une éducation religieuse. Luther disait:
Je ne recommanderais à personne d’envoyer son enfant là où les Saintes Écritures ne sont pas suprêmes… Je crains grandement que les universités, à moins qu’elles n’enseignent les Saintes Écritures avec diligence et qu’elles ne les impriment dans les cœurs des jeunes étudiants, ne soient que de larges portes pour l’enfer.[6]

2.      Les réformateurs croyaient en l’éducation de «l’homme chrétien», c’est-à-dire en une éducation large des arts libéraux qui formerait chaque croyant pour sa place dans l’Église et dans la société, comme une personne capable de connaître Dieu et de le glorifier quel que soit son appel. Ils croyaient en une éducation qui n’était ni simplement catéchétique, ni uniquement vocationnelle. Riemer Faber dit de Luther:
Il était convaincu que la connaissance des arts libéraux – histoire, langues, etc. – offrait le meilleur contexte pour l’étude des Écritures. Non seulement les ministres, théologiens, enseignants et érudits éduqués de cette manière pouvaient-ils servir l’Église au mieux, mais tous les croyants en tant que membres du corps de Christ connaîtraient mieux Dieu et son œuvre dans le monde par le moyen d’un tel apprentissage.[7]

3.      La Réforme voyait le bien-être de l’Église et la vie sanctifiée du peuple de Dieu, qui fait partie de leur salut, comme l’objectif principal de l’éducation. Elle ne cherchait pas l’établissement d’une société chrétienne, ou même des changements fondamentaux dans la société comme but de l’éducation, bien que la plupart d’entre eux croyaient que l’état civil aussi bien que l’Église serait servi par l’éducation.[8] Pourtant, Tom Bloomer de l’Université des nations souligne que la Réforme française était différente des Réformes allemandes et anglaises. A Genève, rien ne fonctionnait, les familles étaient brisées… Ainsi les autorités ont-elles demandé à Calvin de les enseigner comment appliquer les valeurs bibliques dans la société et cela a amené une profonde transformation. Calvin n’a pas établi une théocratie. Pour lui, le rôle de l’Église était double: enseigner les principes de la Parole aux autres sphères et les tenir redevables.[9]

Luther a particulièrement souligné le grand objectif de l’éducation, et ce qu’il a dit devrait vraiment être ré-entendu aujourd’hui.  

Quand les écoles prospèrent, les choses vont bien et l’Église est en sécurité. Suscitons davantage de docteurs et de maîtres. La jeunesse est la nurserie et la fontaine de l’église. Quand nous sommes morts, où sont les autres (pour prendre notre place) s’il n’y a pas d’écoles. Elles sont les préservatrices de l’église.[10]

L’historien Bernard Grosperrin écrit: «Ces écoles constituaient certainement une arme puissante pour la foi et l’éducation morale, et elles ont assuré pendant longtemps et bien au-delà de l’Ancien Régime une imprégnation chrétienne dans la société française que le catéchisme paroissial, les sermons et les missions ont certainement fortifiée; mais les écoles en constituaient vraiment l’instrument le plus efficace.»[11] La volonté d’éduquer, reliée au 16ème siècle à l’idée que l’éducation devrait être accessible à tous, avait un objectif principal: non seulement informer, mais former les chrétiens avec un fondement unique, la Bible. Luther, par exemple, écrit «aux conseillers de toutes les villes en Allemagne pour les exhorter à ouvrir et à maintenir des écoles.» Pour lui, l’église ne peut subsister que par les écoles. Calvin lui-même a déclaré que «les églises feront tous leurs efforts pour bâtir des écoles et pour s’assurer que la jeunesse soit éduquée.»[12]


[1]. Duncan S. Ferguson et William J. Weston, éd, Called to Teach: The Vocation of the Presbyterian Educator (Louisville, KY: Geneva Press, 2003), p. 49.
[2]. Joseph James Chambliss, éd., Philosophy of Education: An Encyclopedia (New York, NY: Routledge, 1996), p. 64.
[3]. Joseph James Chambliss, éd., Philosophy of Education, p. 64.
[4]. Philipp Schaff, History of the Christian Church, Volume VIII: Modern Christianity. The Swiss Reformation (Grand Rapids, MI: Christian Classics Ethereal Library, original, 1881. Basé sur la version de 1910, ceci étant l’édition électronique de 2002).
[5]. Ronald Hanko, «Christian Education: A Reformation Heritage,» Lynden Protestant Reformed Church, consulté le 14 novembre 2014, http://www.lyndenprc.org/jm/PDF/The%20Reformation%20&%20 Education.pdf.
[6]. Martin Luther, «To the Christian Nobility of the German Nation Concerning the Reform of the Christian Estate,» in Luther’s Works, éds. Jaroslav Pelikan et Helmut Lehmann (St. Louis, MO: Concordia Publishing House, 1955-1986), 44:207.
[7]. Riemer Faber, «Martin Luther on Reformed Education,» dans Clarion, Vol. 47, No. 16 (1998), 5. Peut être trouvé sous http://www.spindleworks.com/library/rfaber/luther_edu.htm (consulté le 14 novembre 2014).
[8]. Hanko, «Christian Education: A Reformation Heritage.»
[9]. Tom Bloomer, Master exécutif en leadership, Université des nations, notes prises par l’auteur, San Antonio del Mar, Octobre 2014.
[10]. Martin Luther, Table Talk, 5557, éd. Theodore Tappert, dans Works of Martin Luther, Vol. 54 (Philadelphia, PA: Muhlenberg Press, 1943), p. 452.
[11]. Bernard Grosperrin, Les petites écoles sous l’Ancien Régime (Rennes, France: Editions Ouest-France, 1984).
[12]. Luc Bussière dans La muraille: Revue protestante évangélique, mars-avril 1982.

dimanche 10 décembre 2017

Abidjan - Visite de Sylvain et Nathan Freymond / Abidjan - Visit of Sylvain and Nathan Freymond

SURPRISE Sylvain et Nathan sont là !
Samedi le 9 décembre, à la grande surprise de Christopher, Maé et Noam, nous avons accueillis Sylvain (ami et parrain de Maé) et Nathan Freymond (notre filleul et ami) !
Nos trois enfants ont mis quelques minutes à s'en remettre :-) Puis nous sommes directement partis tous ensemble à une rencontre FJ lors de laquelle Sylvain a conduit la louange et prêché. Trop bien ! Et le dimanche nous l'avons accompagné pour son 1er culte. Nous apprécions +++ leur présence : un beau cadeau ! Sylvain repart déjà jeudi mais Nathan rentre avec nous le 21.


SURPRIZE Sylvain and Nathan are here!
On Saturday December 9th, to the great surprize of Christopher, Maé and Noam, we welcomed Sylvain (family friend and Maé's godfather) and Nathan Freymond (our godchild and friend)!
Our three kids needed several minutes to realize ;-) Then we went immediately to a KK meeting during which Sylvain led worship and preached. And on Sunday, we went with him for his first service. We appreciate +++ their coming: a nice gift! Sylvain already leaves on Thursday, but Nathan will only come back with us on the 21st.
 

Guy au Niger / Guy in Niger

Guy vient de passer une semaine au Niger pour des séminaires à Niamey et Maradi et encourager le travail de JEM dans ce pays. L'harmattan, ce vent du désert, soufflait fort, et il en a plein les narines et la gorge... mais ça a été un temps béni où les gens ont beaucoup apprécié et été touchés par les enseignements. Il a aussi pu passer du temps avec notre responsable FJ national, Blaise, et sa famille.

Guy just spent one week in Niger for some seminars in Niamey and Maradi and encourage the work of YWAM in this nation. The harmattan, the desert wind, was blowing quite strongly, and he has a lot of dust in his nostrils and throat... but it was a blessed time and people were really touched and appreicative. He was also able to spend some time with our KK leader, Blaise, and his family.

Thèse de Guy 9


II. La Réforme – Eduquer les enfants dans la Vérité

Puis la Réforme est arrivée au début du seizième siècle, et l’éducation a pris un nouvel essor. Les enfants sont devenus stratégiques pour la réforme de l’Eglise et la transformation de la société. Luther, Calvin, Zwingli et leurs disciples ont donné une très grande importance à l’éducation des enfants, en créant des écoles et des catéchismes. Melanchthon, un ami de Luther particulièrement intéressé par l’éducation, a écrit:

Nous devons restaurer et créer des églises, et créer des écoles. En vérité, il n’y a jamais eu de véritable église sans un type d’école à ses côtés. Et nous ne pouvons pas conserver une doctrine très longtemps si des enseignants ne sont pas ajoutés aux églises.[1]

Ils ont aussi encouragé le culte familial en soulignant le rôle crucial des parents. Luther a écrit:

Le père et la mère sont très certainement les apôtres, les évêques et les prêtres de leurs enfants, car ce sont eux qui les mettent en contact avec l’Evangile. En bref, il n’y a pas de plus grande ou de plus noble autorité sur terre que celle des parents sur leurs enfants, car cette autorité est aussi bien spirituelle que temporelle.[2]

Luther
Une des manières principales par laquelle les théologiens luthériens ont accentué l’importance de l’éducation familiale est de la décrire comme un appel ou une vocation divine. Martin Luther a réfléchi profondément aux tâches et aux responsabilités si importantes de l’éducation parentale, et il l’a intégrée dans sa vision globale de l’appel ou de la vocation. Bien qu’il sache que l’éducation était une tâche difficile, souvent considérée comme insignifiante et déplaisante, il croyait que l’éducation constituait un appel divin très sérieux. L’éducation des enfants est une de ces vocations particulières qui permet de servir son prochain et de contribuer au bien commun. Pour Luther, l’éducation est un appel qui est «paré de l’approbation divine comme l’or et les pierres les plus précieuses.»[3]

Dans un passage souvent cité, il déclare:

Maintenant, dites-moi, quand un père sert sa famille et lave des couches ou accomplit quelque autre tâche ingrate pour son enfant, et que quelqu’un le ridiculise en le traitant de fou efféminé – bien que le père agisse dans l’esprit juste décrit et dans la foi chrétienne – dites-moi, mes chers amis, lequel des deux ridiculise le plus l’autre? Dieu, avec tous ses anges et ses créatures, sourit – non parce que le père lave des couches, mais parce qu’il le fait dans la foi chrétienne.[4]

Le ministère envers les enfants est devenu une des pierres de construction principales du mouvement de la Réforme. Méditons les citations suivantes de Luther:

Au sein de l’affliction Il nous conseille, nous fortifie, nous confirme, nous nourrit et nous accorde sa faveur… Plus encore, lorsque nous nous sommes repentis, il remet instantanément les péchés aussi bien que les châtiments. De la même manière, les parents devraient traiter leurs enfants.[5]

On en apprend plus sur Christ en étant marié et en éduquant des enfants que si nous passions plusieurs vies à étudier dans un monastère.[6]

Ceux qui n’ont pas d’amour pour les enfants sont … indignes d’être appelés hommes ou femmes; car ils méprisent la bénédiction de Dieu, le créateur et l’auteur du mariage.[7]

A quoi cela nous servirait-il de posséder et d’accomplir tout le reste et d’être comme de purs saints, si dans le même temps nous négligions notre principal objectif dans la vie, c’est-à-dire l’accompagnement des jeunes? Je pense aussi qu’aux yeux de Dieu, nul parmi les péchés extérieurs ne charge le monde aussi lourdement et ne mérite une punition aussi sévère que ce péché-même que nous commettons contre les enfants en ne les éduquant pas.[8]

Il ne vous a pas donné des enfants et les moyens de les soutenir seulement pour que vous fassiez avec eux ce qu’il vous plaît; ou que vous les formiez pour la gloire mondaine. Il vous avez été fortement recommandé par Dieu de les éduquer pour son service, sans quoi vous seriez complètement déraciné, avec vos enfants et tout le reste; alors tout ce que vous auriez dépensé pour eux serait perdu.[9]

Si Dieu vous a donné un enfant qui a la capacité et le talent pour cet office (l’étude pour devenir pasteur), et que vous ne le formez pas pour cela, mais que vous ne regardez qu’à son estomac et à sa source de revenu temporelle, alors prenez la liste de choses mentionnées ci-dessus et parcourez les bonnes œuvres et les miracles notés ici, et voyez quel pieux hypocrite et quelle mauvaise herbe improductive vous êtes. Car pour autant qu’il soit à vous de décider, vous privez Dieu d’un ange, d’un serviteur, d’un roi et d’un prince dans son royaume; d’un sauveur et d’un consolateur des hommes dans les questions ayant trait au corps et à l’âme, à la propriété et à l’honneur; d’un capitaine et d’un chevalier pour combattre contre le diable. Ainsi vous laissez le champ libre au diable et faites avancer son royaume[10]

Les catéchismes de Calvin, Knox and Luther mettaient tous l’accent sur les enfants, et sur notre responsabilité envers eux. Luther, par exemple, a dit: «Si le royaume de Dieu doit venir avec puissance, nous devons commencer avec les enfants et nous devons les enseigner depuis le berceau.»
Martin Luther a également déclaré: «Je suis profondément ému quand je vois que de jeunes garçons et filles peuvent prier, croire et parler davantage de Dieu et de Christ qu’ils ne l’ont jamais pu auparavant.» En 1530, il a prêché un sermon dans lequel il a dit: «Nous devons avoir des pasteurs ordinaires qui vont enseigner l’Evangile et le catéchisme aux jeunes et aux ignorants.»[11]


[1]. Luc Bussière, Richesses enfouies (Guebwiller, France: Collège Daniel, 1994), p. 13.
[2]. Luther’s Works, éds. Jaroslav Pelikan et Helmut Lehmann (St. Louis, MO: Concordia Publishing House, 1955-1986), pp. 45:46.
[3]. Luther’s Works, 45:39.
[4]. Ibid., 45:40-41.
[5]. Citations, Martin Luther, Goodreads, consulté le 14 novembre 2014, https://www.goodreads.com/ author/quotes/29874.Martin_Luther.
[6]. Citations, Martin Luther.
[7]. Ibid.
[8]. Martin Luther, «To the Councilmen of all Cities in Germany that they Establish and Maintain Schools,» dans Children and Childhood in World Religion: Primary Sources and Text, éd. Don S. Browning et Marcia J. Bunge (Piscataway, NJ: Rutgers University Press, 2009), p. 121.
[9]. Martin Luther, «A Sermon on Keeping Children in School,» dans Works of Martin Luther, Vol. 4 (Philadelphia, PA: Muhlenberg Press, 1943), pp. 144, 145.
[10]. Ibid., p. 213.
[11]. Sam Doherty, Why Evangelize Children? (Lisburn, Northern Ireland, UK: Child Evangelism Fellowship, 1999), p. 15.

dimanche 3 décembre 2017

Thèse de Guy 8

Augustin

Puis est arrivé Augustin d’Hippone (354-430 ap. J.-C.), et le débat s’est centré davantage sur le concept de péché originel. Augustin avait une vision beaucoup plus négative des enfants. Il a conclu que: 

1.     Même les bébés ont des tendances au péché;
2.     La transgression d’Adam, qui implante dans sa progéniture un péché étranger, est à l’origine de ces tendances;
3.     Le baptême remédie à ces tendances condamnables et devrait être conféré aussi tôt que possible.[1]

Dans son ouvrage Children and the Theologians, Jerome W. Berryman écrit sur la vision négative des enfants d’Augustin, soulignant le fait qu’il «défendait infatigablement dans sa vieillesse l’idée que les enfants, impuissants et de façon permanente, arrivent dans le monde infectés par le péché originel à l’exception de ceux que Dieu a choisi de sauver.»[2]

O. M. Bakke affirme que les pères de l’Eglise primitive percevaient les enfants comme innocents, ou au moins comme moralement neutres, jusqu’au cinquième siècle quand une bataille plus large contre le pélagianisme a ouvert la porte à la doctrine du péché originel décrivant les enfants comme pécheur et méritant le jugement.[3] Ceci dit, les pères de l’Eglise reconnaissaient que les enfants se révélaient capables en tant que sujets moraux portant la responsabilité de leurs actions.[4]
 
Pourtant, la vision d’Augustin décrivait les enfants comme porteurs du péché originel et par conséquent récipients d’un jugement de damnation éternelle, à moins qu’ils ne soient baptisés.[5] Il est vrai que le baptême des enfants a influencé une bonne partie de cette discussion bien avant Augustin, même si la motivation de beaucoup des pères de l’Eglise n’était pas spécifiquement liée à la dépravation de l’enfant. Pourtant, comme le fait remarquer Kevin Lawson, le quatrième siècle  a marqué non seulement une acceptation croissante du baptême des bébés, mais également un changement de perspective de la part de l’Eglise. Lawson écrit, dans son livre Understanding Children’s Spirituality:

Une théologie du péché originel a supplanté la vision de l’innocence des enfants soutenue auparavant par la plupart des responsables de l’église. Pour des théologiens comme Augustin, la préoccupation pour le péché originel et la mortalité infantile précoce a conduit à une insistance sur le baptême des nouveau-nés comme moyen de les sauver de la damnation éternelle.[6]
Ce point de vue, perçu comme un acte de rédemption, comprenait une vision très spécifique de la dépravation de l’enfant qui a façonné les générations futures. Cette tension entre une perception des enfants comme étant neutres, mais des agents moraux capables, contre une perception des enfants comme essentiellement mauvais, même depuis le sein maternel, a influencé l’enseignement de l’Eglise à partir du cinquième siècle dans le christianisme occidental. Les théologiens orthodoxes orientaux, et les autres traditions non-occidentales, ont évité une bonne partie de la tension en épousant un point de vue différent. Ils reconnaissaient la mortalité humaine comme conséquence première de la chute plutôt que l’action persuasive du péché. 

Augustin a eu tellement d’influence que son point de vue a dominé l’approche que l’Eglise a eu des enfants pendant des siècles jusqu’à Thomas d’Aquin (1224-1274). La vision augustinienne a par la suite largement influencé les réformateurs et les Puritains. Mais penchons-nous un instant sur d’Aquin. Berryman explique que 

Thomas a trouvé des moyens de combiner la vision des enfants d’Aristote, comme des créatures pleines d’un potentiel non-cultivé par des conseils bibliques à leur sujet, et la vision d’Augustin de leur nature fondamentalement mauvaise, dérivée de la chute d’Adam. Il est arrivé à cette combinaison par son interprétation de la grâce de Dieu.[7]
 
Thomas cherchait à réconcilier la vision positive de Chrysostome (également influencé par Aristote) avec la vision négative d’Augustin. La théologienne Christina L. H. Traina a souligné que 

Thomas percevait la grâce comme venant compléter la nature plutôt que la corriger. Ainsi il a eu tendance à souligner le potentiel de croissance spirituelle des enfants à l’aide de la grâce plutôt que, comme Augustin, leur incapacité à réellement se développer et à manifester la vertu en l’absence de la grâce.[8]


[1]. Martha Ellen Stortz, «Where or When Was Your Servant Innocent? Augustine on Childhood,» dans The Child in Christian Thought, éd. Marcia J. Bunge (Grand Rapids, MI: William B. Eerdmans, 2001), p. 79.
[2]. Jerome W. Berryman, Children and the Theologians (Harrisburg, PA: Moorehouse Publishing, 2009), p. 59.
[3]. Bakke, When Children Became People, p. 105.
[4]. Ibid., pp. 106-107.
[5]. Stortz, «Where or When was Your Servant Innocent? Augustine on childhood,»  i, pp. 78-102.
[6]. Kevin E. Lawson, Understanding Children’s Spirituality: Theology, Research and Practice (Eugene, OR: Wipf & Stock, 2012), pp. 133-135.
[7]. Berryman, Children and the Theologians, p. 78.
[8]. Cristina L. H. Traina, «A Person in the Making: Thomas Aquinas on Children and Childhood,» dans The Child in Christian Thought, éd. Marcia J. Bunge (Minneapolis, MN: William B. Eerdmans, 2001), p. 106.

samedi 2 décembre 2017

Abidjan - Ecole FJE, session 11 / Abidjan - FYC Course, session 11

Aujourd'hui, 11ème session de notre école FJE sur le développement de l'enfant, toujours avec Reine. Pas évident, car elle a appris le décès d'un de ses frères 5mn avant de monter dans la voiture pour aller enseigner... Mais Dieu a été fidèle et les participants ont été très touchés.

Today, 11th session of our FYC course on human development, still with Reine. It was not easy for her as she got a phone call announcing one of her brothers' death 5mn before going in the car to go teaching... But God was faithful and the participants deeply moved.
 

vendredi 1 décembre 2017

Contraste... / Contrast...

Contrastes de paysages et de température entre notre maison à Mathod (photo envoyée par Baptiste ce matin) et notre jardin en Côte d'Ivoire... Aujourd'hui, on commence la période de l'Avent, Maé est prête!

Contrast of landscape and temperature between our house in Mathod (picture sent by Baptist this morning) and our garden in Ivory Coast... Today, we start the Advent season, Maé is ready!
 

jeudi 30 novembre 2017

Abidjan - école FJE, session 10 / Abidjan - FYC course, session 10

Nous avons eu hier soir la 10ème session de notre école FJE sur le développement de l'enfant. Reine Amou nous a décrit les étapes de la conception et de la naissance jusqu'à 6 mois, avec les différents éléments que Dieu construit chez l'enfant et en nous donnant une compréhension de la façon de répondre aux besoins des enfants à chaque âge. Nous continuons avec les autres étapes de développement samedi.

We had yesterday night the 10th session of our FYC course on human development. Reine Amou described the stages from conception and from birth up to 6 months, with the different elements God is building in the child and giving us an understanding of the way to meet the needs of the children at each age. We'll continue with the other stages of development on Saturday.
 

mercredi 29 novembre 2017

Arrivée de Reine et Geneviève / Arrival of Reine and Geneviève

Reine et Geneviève, nos responsables FJ du Togo et de l'Afrique de l'Ouest, sont arrivées hier pour une grosse semaine chez nous. Reine va enseigner sur le développement de l'enfant à l'école FJE ce mercredi soir et samedi toute la journée. Nous sommes encore une fois reconnaissants pour notre maison qui nous permet d'exercer l'hospitalité. Nos chers Guillaume et Yvonne ont fait venir un traiteur hier soir pour un repas ivoirien de fête!

Reine and Geneviève, our KK leaders for Togo and West Africa, arrived yesterday for one week at our place. Reine will be teaching on human development in the FYC course on Wednesday night and Saturday all day. We are once again so grateful for our house here allowing us to exercise hospitality. Our dear Guillaume and Yvonne called a caterer yesterday night with a celebration ivorian meal!
 

lundi 27 novembre 2017

Thèse de Guy 7

Jean Chrysostome

Mais de manière générale, les pères de l’Eglise n’ont pas beaucoup écrit sur les enfants (en fait, la plupart des références aux enfants dans leurs écrits touchent à leur dimension symbolique décrivant notre maturité en Christ ou notre statut devant Dieu). Il y a cependant eu deux exceptions: Jean Chrysostome et Jérôme.[1]
 
 Jean Chrysostome (349-407 ap. J.-C.) avait l’instruction des enfants et des jeunes très à cœur. Lisons certaines de ses citations sur leur éducation dans la foi: 

Que tout passe après la priorité du soin à apporter à nos enfants, en les éduquant dans la discipline et l’instruction du Seigneur. Si dès le début nous les enseignons à aimer la véritable sagesse, ils auront plus de richesses et de gloire que ce que l’argent peut offrir. Si un enfant apprend un métier, ou qu’il est excellemment formé pour une profession lucrative, cela n’est rien en comparaison de l’art du détachement des richesses; si vous voulez que votre enfant soit riche, enseignez-lui ceci. Il est véritablement riche, celui qui ne désire ni grandes possessions, ni s’entourer de biens, mais qui n’a besoin de rien… Ne pensez pas que seuls les moines ont besoin d’apprendre la Bible; les enfants sur le point d’entrer dans le monde ont encore plus besoin de la connaissance des Ecritures.[2]

Avec les enfants, nous avons une grande responsabilité qui nous est confiée. Appliquons-nous auprès d’eux avec grand soin, et faisons tout notre possible pour que l’ennemi ne nous les vole pas. Mais actuellement, notre pratique est exactement l’inverse de ces recommandations. Nous nous assurons en vérité que nos fermes soient en bon ordre, nous les confions à des gérants fidèles, nous recherchons des conducteurs d’ânes, des  muletiers, des gardes-chasse, des comptables qualifiés. Mais nous ne recherchons pas ce qui est bien plus important, une personne à laquelle nous pourrions confier notre fils, un gardien de sa morale, bien que ce soit une possession beaucoup plus précieuse que toutes les autres. C’est pour lui en vérité que nous prenons soin de notre domaine. Nous prenons soin de nos possessions pour nos enfants, mais des enfants eux-mêmes nous ne prenons pas soin du tout. Forme l’âme de ton fils correctement, et le reste sera ajouté par-dessus par la suite.[3] 

Quant à la discipline, n’ayez pas constamment recours au châtiment corporel. Le bâton ne devrait être utilisé que dans des cas extrêmes. Enseignez plutôt votre enfant par le bon exemple, car il suffit de quelques mois pour voir de mauvaises habitudes prendre racine.[4]

Une part importante de l’éducation d’un enfant consiste à lui raconter des histoires, car les bonnes histoires excitent l’imagination et fortifient le lien entre le parent et l’enfant. Les histoires de la Bible sont à privilégier, et l’enfant devrait les répéter souvent, pour souligner leur pleine compréhension.[5]

Son conseil aux enseignants était de «se pencher vers l’enfant afin de l’élever jusqu’à Dieu.»[6]
 
Chrysostome plaçait un grand accent sur la formation des parents. Il a aussi écrit sur le rôle central des parents pour façonner les multiples facettes du développement de l’enfant: 

Car généralement les enfants acquièrent le caractère de leurs parents, sont formés dans le moule du tempérament de leurs parents, aiment les même choses que leurs parents aiment, parlent de la même façon et travaillent pour les même fins.[7]

Chrysostome exhorte ses auditeurs à ce que «la maison soit une église, constituée d’hommes et de femmes. … Car là où deux ou trois sont rassemblés en mon nom, je suis au milieu d’eux.»[8]

Si nous tenons nos foyers de manière adéquate … nous seront également adéquats pour superviser l’église, car en vérité le foyer est une petite église. Par conséquent, il est possible pour nous de surpasser tous les autres en vertu en devenant de bons maris et de bonnes épouses.[9]

Chrysostome a même compris l’influence de la famille sur les autres sphères de la société: 

La famille humaine constitue l’élément premier et essentiel de la société humaine [...] La paix dans la société sera un fruit direct de la paix dans la famille; l’ordre et l’harmonie dans la sphère séculière et politique sera le fruit direct de l’ordre et de l’harmonie qui jaillissent des conseils créatifs et de l’attribution de réelles responsabilités aux enfants (en leur assignant des tâches spécifiques).[10]

Vigen Guroian explique dans le livre Children in Christian Thought que Chrysostome défendait 

avec vigueur que la santé et la mission de l’église dépendent de manière cruciale de la vitalité de la famille chrétienne et il s’est lui-même donné pour tâche de clarifier le caractère normatif de la famille et de prescrire des pratiques appropriées pour l’éducation des enfants.[11]

Par exemple:

Eduquons-les (nos enfants) dans la discipline et l’instruction du Seigneur. Grande sera la récompense qui nous attend, car si des artistes qui créent des statues ou peignent les portraits des rois sont tenus en grande estime, notre Dieu ne bénira-t-il pas mille fois plus ceux qui révèlent et magnifient son image royale (car l’homme est l’image de Dieu)? Lorsque nous enseignons nos enfants à être bons, à être doux, à être prompts à pardonner (ce sont tous des attributs de Dieu), à être généreux, à aimer leur prochain, et à considérer le siècle présent comme vain, nous instillons la vertu dans leurs âmes, et révélons l’image de Dieu en eux.[12]

Il a accentué l’importance de la parole de Dieu.  

Ne considérez jamais comme une moindre chose que votre enfant soit un étudiant diligent des Ecritures.[13]

[1]. O. M. Bakke, When Children Became People: The Birth of Childhood in Early Christianity (Minneapolis, MN: Fortress Press, 2005), Empl. 2280, version Kindle.
[2]. Jean Chrysostome, Homilies on 1 Timothy, Homily 9, Saint Peter’s list, consulté le 13 novembre 2014, http://www.stpeterslist.com/6057/8-quotes-from-st-john-chrysostom-on-how-to-raise-children.
[3]. Jean Chrysostome, Homilies on Ephesians, 21, Saint Peter’s list, consulté le 13 novembre 2014, http://www.stpeterslist.com/6057/8-quotes-from-st-john-chrysostom-on-how-to-raise-children.
[4]. Jean Chrysostome, «Church Fathers on Education,» Saint Herman School, consulté le 13 novembre 2014, http://sainthermanschool.org/assets/files/Church%20Fathers%20on%20Education.pdf.
[5]. Ibid.
[6]. Cité dans Luc Bussière, Richesses enfouies (Macon, France: Edition J.-F. Oberlin, 1998), p. 7.
[7]. Jean Chrysostome, On Marriage and Family Life, trad. Catherine P. Roth et David Anderson (Crestwood, NY: St. Vladimir’s Seminary Press, 1986), p. 64.
[8]. Jean Chrysostome, «Homilies on the Acts,» dans St. John Chrysostom: Homilies on the Acts of the Apostles and the Epistle to the Romans, vol. 11 de A Select Library of the Nicene and Post-Nicene Fathers of the Christian Church, première série, éd. Philip Schaff (New York, NJ: Christian Literature Co., 1890), p. 127.
[9]. Jean Chrysostome, On Marriage and Family Life, p. 57.
[10]. Jean Chrysostome, «Church Fathers on Education.»
[11]. Vigen Guroian, «The Ecclesial Family: John Chrysostom on Parenthood and Children,» dans The Child in Christian Thought, éd. Marcia J. Bunge (Grand Rapids, MI: William B. Eerdmans, 2001), p. 66.
[12]. Jean Chrysostome, On Marriage and Family Life, p. 44.
[13]. Jean Chrysostome, Interpretatio Omnium Epistularum Paulinarum, éd. F. Field (Oxford, UK: Clarendon, 1847), 4:323.